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Rencontre avec Alexandre Caputo sur le CAPT

Alexandre Caputo

En bref

Le Conseil de l’Aide aux projets théâtraux (CAPT) a pour mission de donner à la Ministre des avis sur les demandes d’aides ponctuelles relatives à des projets de spectacles théâtraux.

Le Conseil de l’Aide aux projets théâtraux (CAPT) a pour mission de donner à la Ministre des avis sur les demandes d’aides ponctuelles relatives à des projets de spectacles théâtraux. Le Conseil tient trois sessions par an durant lesquelles il examine les dossiers qui lui sont présentés.

Il est constitué de 13 membres avec voix délibératives :

– 5 experts justifiant de leurs compétences dans le domaine de la création et de la diffusion dramatiques ;

– 4 Représentants d’organisations représentatives d’utilisateurs agréées ;

– 4 Représentants des tendances idéologiques et philosophiques.

Il y a également de membres ne pouvant pas voter, ce sont les représentants de l’administration, les chargés de missions, la directrice du service du théâtre et une inspectrice.

Comment se déroule un conseil ? Est-ce que c’est facile de vous mettre d’accord sur les choix des projets que vous allez aider ?

Le Conseil est composé de membres aux profils et sensibilités très différents. Il y a aussi une grande diversité de métiers représentés : acteurs, metteurs en scène, auteurs, directeurs de théâtre, directeur de centre culturels, programmateurs, diffuseurs, administrateurs… C’est l’addition de ces sensibilités différentes qui in fine crée une objectivité relative et garantit aux porteurs de projet une équité de traitement.

Concrètement tous les membres lisent tous les dossiers.  Lors de l’examen d’un dossier, chacun s’exprime à tour de rôle. Ce tour de parole est régulièrement suivi d’un débat. Ensuite nous procédons au vote. Les membres peuvent voter soit 0 (dossier considéré non convaincant), soit 1 (dossier pour lequel il y a un intérêt mais qui ne convainc pas sur tous ses aspects ou projets intéressant mais qui ne constitue néanmoins pas un coup de cœur), soit 2 (dossier clairement apprécié).

Apres l’examen de l’ensemble des dossiers, commence un second tour avec les dossiers qui ont reçu au minimum 50% des suffrages. Je demande toutefois aux membres s’ils souhaitent repêcher des dossiers qui n’ont pas atteint ce seuil et si oui de justifier leur demande. En fonction du nombre de voix, des projets peuvent alors accéder au second tour. C’est important de procéder de la sorte car on n’a pas toujours le même regard sur le premier dossier que sur le 55ème. A titre d’exemple, sur une cinquantaine de premiers projets, il y en a en général un peu plus de 20 qui reçoivent un avis favorable au premier tour. Vu que nous travaillons au sein d’une enveloppe fermée, l’ensemble des projets jugés intéressants ne peut être aidé. Suite au deuxième tour, lors de la première session 2016, le Conseil a proposé de soutenir 12 projets.

Comment passe-t-on de 20 projets à 10 ou 12 ?

Là, cela devient difficile. Nous discutons beaucoup. Néanmoins nous ne pouvons éviter de faire des erreurs d’appréciation. Notre travail c’est de les réduire au maximum. Il peut y avoir de très bons dossiers et des mauvais projets mais aussi des dossiers faibles et des projets magnifiques.

Est-ce que vous répartissez vos aides en fonction des différentes régions ?

Nous nous concentrons sur le projet artistique et sa diffusion en FWB et à l’international. En effet, le décret des arts de la scène ne fait pas état de la question territoriale. Toutefois, nous sommes évidemment attentif à la diffusion. Je pense que c’est une manière plus constructive de répondre à la répartition territoriale.  Car s’il fallait examiner les projets en fonction de leur origine et d’une répartition égale entre les différentes provinces cela se ferait immanquablement au détriment de l’artistique.

Il faut aussi avoir à l’esprit que certains théâtres sont plus actifs et investis que d’autres dans le soutien à la jeune création. Ce qui immanquablement favorise certaines villes et en pénalise d’autres.

La majorité des projets aidés sont créés dans des théâtres? Aidez des projets soutenus par des centres culturels ?

Bien entendu. Certains centres culturels s’engagent pleinement dans la création et le soutien aux artistes. Reste que la plupart d’entre eux, vu leur budget, préfèrent se limiter à une politique d’accueil.

Par ailleurs, je ne peux que constater un écart, à mon avis bien trop important, entre d’une part la programmation des théâtres et d’autre part la programmation des centres culturels. Cette différence est interpellante car cela signifie que des politiques menées au sein de la FWB ne se rejoignent pas, ne se renforcent pas l’une l’autre. Je suis convaincu que nous devons rapprocher les politiques de programmation des théâtres et des centres culturels car la Fédération Wallonie Bruxelles au vu de sa taille et de ses moyens ne peut se permettre de se disperser.

Quels sont les critères de sélection des projets ?

Le décret des Arts de la Scène de 2003 détermine les critères d’évaluations suivants :

La qualité artistique du projet
Sa capacité de rayonnement en Fédération Wallonie Bruxelles et à l’international
L’adéquation entre le montant d’aide demandé et le projet artistique
La mise en valeur des œuvres et des auteurs contemporains de la FWB
L’utilisation des formes ou expressions les plus nouvelles
Cette grille d’analyse est particulièrement pertinente. Judicieusement utilisée, elle permet de porter une attention particulière à la jeune création et aux artistes émergents.

Sinon le plus important pour moi est de se retrouver face à un projet interpellant et convaincant tant artistiquement que dans son inscription dans le temps présent et la cité – si tant est que l’on puisse distinguer l’un de l’autre. En tant que spectateur, je me demande toujours, en quoi est-ce que l’œuvre que je regarde a du sens et fait écho à ce que je vis aujourd’hui.

Quelles sont les qualités demandées ?

Outre les qualités précitées, une exigence et des ambitions dans le projet de mise en scène, dans la scénographie, dans la distribution, dans la manière d’envisager sa création et le projet.

Ça se voit rapidement dans un dossier ?

On voit rapidement si la personne a un point de vue ou pas sur ce dont elle parle. Si quelqu’un a une réelle ambition pour son projet ça se sent dans son dossier.

Allez-vous voir des étapes de travail ?

Certains membres le font, d’autres pas. Il est illusoire de se dire que tous les membres du conseil pourront aller voir toutes les étapes de travail. Cela étant un projet dont aucune étape de travail n’aura été vue ne sera pas pénalisé. Une étape de travail peu convaincante ou prometteuse pourra par contre déforcer un projet.

Que penses-tu de la vidéo ?

Dans un dossier, cela peut-être un plus si ça aide le porteur de projet à faire comprendre son projet. Mais d’expérience cela est rarement positif.

Comment planifier son travail si on veut remettre un projet ?

Il faut prendre son bâton de pèlerin et essayer de trouver un maximum de partenaires et de coproductions ou préachats. C’est très difficile quand on sort de l’école mais il faut néanmoins le faire même si beaucoup ne répondent pas.

Il faut trouver des partenaires qui permettent au projet de se réaliser dans les meilleures conditions possibles et qui lui garantisse une visibilité.

Certains projets sont à la fois destinés à des adultes mais peuvent aussi convenir à un jeune public. Comment choisir vers quelles instances demander de l’aide ? Peut-on travailler sur les deux terrains ?

Pourquoi pas ! Nous sommes un conseil d’aide à la création pour le théâtre adulte mais si un spectacle s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants, nous pouvons l’examiner et rendre un avis. Il y a des compagnies qui bénéficient de conventions dans le secteur jeune public qui ont bénéficiés d’aides au CAPT.

Il faut arrêter de tout cloisonner, on est à l’époque de l’interdisciplinarité. Dans certains spectacles de cirque, je vois du théâtre, pareil pour la danse. Et des spectacles de théâtre frôlent le cirque ou la danse et c’est très bien. Il faut que les frontières soient le plus poreuses possible. Le décret doit évoluer et encourager la l’interdisciplinarité.

Aujourd’hui un projet qui a une composante musicale et une composante théâtrale peut être déposé à la fois en théâtre et en musique. Cela peut poser des problèmes, par exemple si les avis des 2 conseils diffèrent. Une solution peut être de déposer son projet dans le secteur dominant par rapport à son spectacle et de demander un financement pour l’entièreté du projet à un seul conseil d’avis.

Une autre difficulté, c’est de respecter vos cycles de remise de dossier, il ne faut pas avoir déjà créé son spectacle pour recevoir une aide …

On ne peut financer rétroactivement un projet. Les salaires liés aux répétitions par exemple ne peuvent être payés à posteriori. Des étapes de travail par contre peuvent avoir lieu avant le dépôt du dossier.

Le Conseil est attentif à ce que les aides financent prioritairement l’emploi pendant les périodes de répétitions

Peux-tu expliquer la notion de premier projet ?

C’est le dossier d’une personne qui n’a jamais bénéficié d’une aide à la création en tant que porteur de projet.

Et le premier dossier ?

Les aides fonctionnent par paliers : 30.000€ maximum pour un premier projet et jusqu’à 100.000€ à partir du 3ème projet.

Le conseil précédent avait remarqué que certains porteurs de projets dotés d’une expérience non négligeable n’avaient jamais reçu d’aides à la création et pour leur première demande émargeaient alors dans la catégorie des premiers projets. Il a voulu prendre en compte leur expérience et leur permettre d’accéder directement à des moyens plus importants. Un metteur en scène ou un collectif qui aurait signé récemment plusieurs spectacles peuvent ainsi attester de leur expérience et déposer une demande d’aide en premier dossier.

En quoi consiste les bourses attribuées ?

Il y a deux ans, nous avons mené une réflexion sur les bourses. Créer prend du temps. Il faut en moyenne deux ans pour monter un projet. Il faut d’abord structurer le projet puis convaincre des partenaires de le soutenir, convaincre l’équipe artistique de participer….

Nous avons aussi constaté que la recherche et le développement étaient principalement le fait des compagnies qu’elles soient conventionnées ou non. Que les démarches les plus innovantes et inattendues étaient souvent le fait des compagnies. Il était donc important de soutenir cette recherche et ce développement. On s’est dit qu’il fallait soutenir la prise de risque et l’innovation. Et que quand un porteur de projet va au bout de deux ans réaliser son projet, il sait que les enjeux sont importants pour lui. Il sait qu’il s’expose aux jugements, que tout le monde va regarder son travail et qu’en fonction de l’avis que l’on aura de son travail, réaliser son projet suivant sera plus ou moins aisé. Que ce sera plus facile si son spectacle a eu du succès et plus difficile dans le cas contraire.

Le porteur de projet porte donc une charge importante. Nous pensons qu’à côté de cela il faut pouvoir soutenir des démarches plus légères ou des artistes peuvent se dire : « j’ai envie d’essayer tel procédé, telle technique, de me confronter avec tel projet sur le plateau pendant x jours avec telles personnes sans qu’il y ait une obligation de résultat. »

Ça peut être un artiste qui a un projet à moyen terme et qui se dit « dans deux ans je veux monter le projet mais il faut qu’auparavant j’acquière une technique particulière » ou encore une personne qui se dit qu’avant de créer son projet elle veut tester un dispositif innovant par exemple. Le budget est limité à 5000 euros, c’est évidemment peu mais cela permet néanmoins à quelques personnes de répéter ensemble pendant plusieurs jours pour tester des choses.

Précisons qu’un acteur qui veut suivre un stage pour développer ses compétences, ne rentre pas dans le cadre de cette bourse. Elles ne sont pas destinées à de la formation continuée.

La session dédiée aux Bourse sera aussi l’occasion pour le Conseil et l’Administration d’essayer un autre fonctionnement puisque les projets devront être déposés en ligne et que les porteurs de projets pourront également défendre leur projet oralement devant le Conseil.

Quels sont les critères d’aide à la reprise ?

Le but n’est pas de diminuer le prix de vente d’un spectacle mais de préparer au mieux la reprise d’un spectacle et son adaptation à de nouveaux lieux de représentations, de permettre un retravail sur le plateau, sur la scénographie. Nous examinons d’une part la diffusion du projet et d’autre part la qualité artistique du projet.

On constate que les porteurs de projets s’entourent de professionnels de la communication pour réaliser leurs dossiers, cela favorise vos choix ?

Certains artistes peuvent éprouver des difficultés à coucher sur papier leur projet mais demander à quelqu’un de le faire pour soi c’est s’exposer au risque de dépersonnaliser le dossier et de se retrouver face à un projet théorique qui manque d’ancrage. Je crois qu’il vaut mieux alors se faire aider et coécrire le projet.

Au niveau du dossier, certains porteurs font de très beaux objets d’autres pas. Je ne pense pas que ce soit déterminant. Il faut surtout proposer un objet convaincant et professionnel. Tous les membres du conseil ont conscience du coût que représente le dépôt d’un dossier. Tout le monde n’a pas les moyens d’investir dans ce poste-là, surtout qu’il faut le déposer en 14 exemplaires.

Peut-on consulter les projets sélectionnés ?

La Bellone conservait tous les projets aidés, je ne sais pas s’ils le font toujours. Pour conclure je dirai que le conseil est toujours en réflexion sur son fonctionnement et qu’il y a trois enjeux qui me paraissent prioritaires : Le soutien à la création et la production via le refinancement des aides aux projets, aux compagnies et aux théâtres : c’est la création et l’emploi artistique qui ont été principalement touchés par des années de non-indexation
Le renforcement de la diffusion nationale et internationale des œuvres et le rayonnement de nos artistes en optimisant et en harmonisant tous les outils dont nous disposons à ce niveau-là.
La recherche et l’interdisciplinarité que nous devons encourager pour préparer l’avenir.

 

En pratique

Retrouvez toutes les informations concernant  le CAPT sur ce lien.
Pour toute information complémentaire, veuillez-vous adresser à Stéphanie Belle: stephanie.belle@cfwb.be
Les dossiers retenus jusque 2012 sont actuellement consultables au Centre de Ressource de la Bellone