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Apocalypse bébé – Selma Alaoui

Mariedl / Selma Alaoui

En bref

[Rencontre clôturée] Valentine Galtan, adolescente énigmatique et difficile, a disparu. Lucie, anti-héroïne trentenaire, détective privée sans conviction, part à sa... Lire l'article

Valentine disparue … Qui la cherche vraiment ? Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie Despentes est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l’adolescente égarée.

En pratique

  • Rencontre professionnelle: du lundi 25 au vendredi 29 janvier 2016 (avec prolongation éventuelle jusqu’au samedi 30) – à Carthago Delenda Est, Rue Sylvain Denayer 51, 1070 Anderlecht.
  • Clôture des Inscriptions: lundi 15 janvier
  • Répétitions: du 13 au 25 juin, puis du 01 août au 24 septembre (Bruxelles et Liège
  • Représentations: En 2016, du 25 septembre au 08 octobre au Théâtre de Liège, 10 au 15 octobre au théâtre de Namur, une semaine en novembre au Manège de Mons. Enfin, deux à trois semaines au Théâtre Varia en mars 2017.
  • Une Production Mariedl asbl, en coproduction avec le Théâtre de Liège, le Théâtre Varia, le Théâtre de Namur, le Manège.Mons

A propos de Mariedl / Selma Alaoui

Selma Alaoui a 34 ans. Après des études de Lettres à Lille, elle poursuit sa formation à l’Insas en mise en scène. Elle vit à Bruxelles et y travaille comme actrice au théâtre (notamment sous la direction de Nicolas Luçon, Anne-Cécile Vandalem, Armel Roussel, Coline Struyf, Denis Laujol, Sofie Kokaj) et au cinéma (avec Vincent Lannoo, Ian Ménoyot, Bruno Tracq, Jean-Pierre et Luc Dardenne).
Sa première mise en scène, « Anticlimax » de Werner Schwab, jouée en Belgique et en Suisse obtient le Prix de la Meilleure Découverte 2007 et le Prix Emulation 2008. Son deuxième spectacle « I would prefer not to » reçoit le Prix de la meilleure mise en scène et de la meilleure comédienne en 2011. Elle a exploré l’univers de Kathy Acker ainsi que celui de Virginia Woolf avec deux courtes formes performatives : « Black Tarentula » et « Chiennes » (Festival XS, Théâtre National, 2011 & 2013). Sa dernière création, « L’amour, la guerre », est une écriture personnelle librement inspirée de Shakespeare (Théâtre Les Tanneurs/ Maison de la Culture de Tournai, 2013).
Depuis 2 ans, elle est professeure à l’Insas et donne régulièrement des séminaires d’interprétation dramatique aux étudiants acteurs du Conservatoire Royal de Mons et de l’Iad. Elle fait également partie du comité de rédaction de la revue Alternatives Théâtrales.
Elle est co-directrice artistique du collectif théâtral Mariedl.

Mariedl

Distribution

La Hyène: Marie Bos
Lucie Toledo: Mélanie Zucconi + Cigures féminines « conventionnelles »
Vanessa: Florence Minder + Cigures féminines « affranchies »
François Galtant: Achille Ridolfi + Cigures masculines adultes
A distribuer:
Valentine + Figures féminines adolescentes
Yacine + Figures masculines adolescentes
Un rôle supplémentaire interprétant plusieurs jeunes du roman, non sexué pour l’instant

 

Note d'intention

Je m’intéresse à l’œuvre de Virginie Despentes depuis que je suis adolescente. Je me rends même compte avec tendresse à quel point les différents contacts avec ses romans, essais, articles, interviews, films, ont jalonné ma vie de jeune fille devenue adulte et de lycéenne transie de théâtre et de littérature devenue artiste. J’ai toujours découvert un nouveau pan du travail de Despentes comme on prend rendez-vous avec un ami : par goût pour sa compagnie et son intelligence, curiosité pour l’avancée de ses histoires, amusement pour ses extravagances ou empathie pour ses chagrins. […]
Vient maintenant le désir de réaliser un travail théâtral d’après « Apocalypse bébé ». Pour les détracteurs de Despentes ou ceux qui attendent de son écriture une sulfureuse provocation, le roman est déroutant : ils trouveront une oeuvre assagie, voire rangée. En ce qui me concerne, j’y lis la même liberté indisciplinée de ton, doublée maintenant d’une maturité et d’une finesse si maîtrisées qu’elles font de l’oeuvre un objet qui remporte une immédiate adhésion.
Le livre fait profondément écho en moi : d’abord par son humour mordant et son ton à la fois satirique et léger; puis par le caractère effervescent de son intrigue à ressorts; enfin parce qu’il condense une grande partie des thèmes qui animent mon travail ces derniers temps. C’est une oeuvre trépidante, féroce, drôle et en même temps troublante – une sorte de mise à nu de personnages qui m’émeuvent, par leur médiocrité autant que par leur exceptionnelle singularité. Une œuvre chaude. Intense. Une langue tonique. Et je suis sûre qu’adaptée à la scène, elle peut produire un spectacle vibrant.
À première vue, il s’agit d’un polar : Lucie Toledo, une détective plutôt gauche et banale, est missionnée par une famille d’intellectuels bourgeois pour enquêter sur la disparition de Valentine, adolescente rebelle et paumée. Elle s’adjoint une coéquipière hors-norme surnommée La Hyène, lesbienne affirmée au charisme fascinant, qui se révèle une enquêtrice aux méthodes parfois discutables mais toujours efficaces. On suit le parcours des deux femmes depuis Paris jusqu’à Barcelone où Valentine a fugué pour suivre un garçon et retrouver sa mère. Sur les traces de la jeune disparue, on croise une foule de personnages captivants, autant de figures colorées, d’âge et de conditions sociales éclectiques qui viennent dresser la fresque d’une société contrastée : François Galtant, le père de Valentine, écrivain qui a « rédigé lui-même sa page Wikipédia » ; Claire la belle-mère qui au fil du temps a « juste pris quelques kilos lentement et s’est refermée sur elle-même »; Vanessa, la mère séduisante et coriace ; Yacine, le cousin caïd « super bien gaulé »; mais aussi des jeunes hard-rockeurs, des alter-mondialistes, des lesbiennes déchaînées… Au moment où le duo retrouve Valentine, l’ado mal dégrossie qui « couchait avec le plus de monde possible, car elle pensait qu’on s’améliore au lit comme on s’améliore au piano, en pratiquant » a été embrigadée par Elisabeth, une religieuse qui dissimule des desseins extrémistes douteux sous une apparence bienveillante. Le roman s’achève ainsi par une issue inattendue : un attentat suicide de Valentine en plein cœur de Paris.
Au delà de la remarquable vitalité du texte, sa « santé », se profile donc une dimension politique : un regard visionnaire sur un monde qui évolue à grande vitesse, la fougue perdue des uns, l’énergie chaotique des autres, le goût de la révolte, le combat désordonné avec les idéaux, le gouffre de la défaite, la joie du dépassement, la tentation de tout faire exploser. Sans compter un trait notable du livre : pour une fois, il y a des femmes. Je veux dire pas des femmes édulcorées, mais des personnalités acérées, brutes, électriques – ou résolument vulnérables, peu importe. En tout cas, autant de personnages excitants qui donnent envie qu’on les projette sur un plateau de théâtre, quand perdure encore aujourd’hui sur scène une majorité de stéréotypes féminins exhumés d’un autre temps (la femme-enfant, la femme blessée, la femme perfide, la pute au grand cœur, mère-courage…).
C’est la promesse tacite que contient l’ouvrage : une peinture résolument contemporaine de notre monde, déjouant les représentations clichées de ceux qui le peuplent et invitant à une réflexion sur les nouveaux enjeux d’un monde en mouvement.
Livre éclatant, intrigue palpitante et critique sociale pleine de gaieté et de piquant : Apocalypse bébé deviendra je l’espère un spectacle foisonnant et étonnant

Valentine, elle, est le prisme à travers lequel s’exprime une jeunesse paumée, fragilisée par une mondialisation qui brouille les repères et une société de consommation sans merci. Adolescente livrée à elle-même, se goinfrant de pratiques extrêmes vantées par la culture de masse, se prétendant libre parce qu’elle multiplie les aventures sans lendemain, elle semble l’incarnation d’une nouvelle génération imbibée par le système capitaliste, incapable de lui faire face et galopant en tous sens en quête d’une identité.

Selma Alaoui

Préparation de la rencontre

Selma Alaoui, vous demande de préparer, en vue de cette rencontre :

  • Pour le(s) rôles féminins, le monologue de la scène XIII (Valentine)
  • Pour le rôle masculin, le monologue du début de la scène VI (Yacine)
  • Pour tous, le dialogue de la scène VI (Valentine/Yacine)
  • Pour tous, une proposition libre de 2 min maximum, inspirée d’une situation d’« Apocalypse bébé » au choix dans laquelle le(la) comédien(ne) incarne un des jeunes gens du roman (Valentine, Yacine, Loraine, Carlito, Magali, Zoska, etc ). Seul ou en interaction avec un partenaire. En intégrant au moins un élément de costume ou accessoire ainsi que quelques phrases du roman.
  • Le roman de Virginie Despentes est également disponible ici.

Pour le second tour:

Nous réfléchissons à la manière de rendre le souffle du texte original sur scène, avec une équipe d’acteurs réduite à six pour interpréter les personnages clés parmi le foisonnement d’êtres qui peuplent le roman. La Hyène, qui se révèle la véritable héroïne d’Apocalypse bébé sera jouée par une seule actrice. Nous avons ensuite dressé des partitions selon le type d’énergie qui relie plusieurs personnages entre eux. Chaque comédien endossera donc un rôle-type regroupant un personnage récurrent et plusieurs personnages annexes.

A propos de l'auteur

Virginie Despentes (1969) est une écrivaine et réalisatrice française. À 17 ans, elle s’installe à Lyon puis à Paris où elle enchaîne les petits boulots (femme de ménage, prostituée, pigiste pour journaux rocks, critique de films, vendeuse chez des disquaires et en librairie) jusqu’à la parution de son premier roman, « Baise-moi », qui lui attire autant le succès qu’une réputation de romancière subversive. Quelques années plus tard, l’adaptation qu’elle fait de cette œuvre au cinéma avec des actrices issues du porno déclenche une vaste polémique.
Au fil de l’écriture de nouvelles et romans, sa renommée augmente : « Les chiennes savantes », « Les jolies choses » (prix de Flore 1998, adapté au cinéma par Gilles Paquet Brenner dans un film primé au Festival de Deauville), « Teen Spirit », ou encore « Bye Bye Blondie » déploient un style nerveux et vivant mêlant oralité, réalisme cru, poésie de la déviance et goût pour la chronique sociétale. À la fois symbole d’une certaine littérature acérée et regard aiguisé sur les inégalités et discriminations de notre société occidentale, Despentes s’impose comme la chef de file d’une génération gaiement libertaire et décomplexée.
Parallèlement à son œuvre littéraire, elle continue de cultiver un goût pour les icônes rocks et alternatives : contribution à des publications avec Rock&Folk ou Les Inrockuptibles, préface pour un ouvrage sur le groupe punk Bérurier Noir, traduction depuis l’anglais des œuvres de Lydia Lunch, Poppy Z. Brite, ou Dee Dee Ramone, collaboration aux albums de Placebo et d’A.S. Dragon, etc.
Sans être frontalement militante, Despentes affirme son engagement dans l’essai autobiographique « King Kong Théorie », qui prend la tonalité d’un court manifeste pour un nouveau féminisme (2006). Devenue lesbienne à 35 ans, selon ses propres termes, Virginie Despente est aussi la compagne de la philosophe Beatriz Preciado, spécialiste de la question transgenre et de l’identité sexuelle. 2010 marque son retour au roman : elle publie « Apocalypse bébé » chez Grasset, qui obtient un large retentissement public et critique. Le livre est en lice pour le Goncourt avant de recevoir le prestigieux Prix Renaudot. C’est une consécration pour l’auteure, qui entérine sa position d’écrivaine incontournable du paysage européen.

L’œuvre de Despentes recèle une magie extraordinaire : celle de donner la parole à ceux qui habituellement ne l’ont pas, [...]. Les acteurs devront donc adopter un code de jeu non pas réaliste mais suffisamment souple pour qu’on puisse croire au naturel de leur propos, tout en voyant qu’ils représentent un sociotype, avec ses tics de langage et son vocabulaire. J’aimerais diriger les acteurs de telle façon qu’on entende qu’ils jouent du lexique de leur personnage, sans vouloir nous faire croire qu’ils sont eux-mêmes issus de cette réalité. Pas de composition donc, mais plutôt une variation libre sur le personnage.