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La putain respectueuse / La putain irrespectueuse

Philippe Sireuil

En bref

d’après les œuvres de Jean-Paul Sartre et de Jean-Marie Piemme. 

Clôture le 11/08/2019
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Les deux textes, en bref

Quel peut être le poids des conventions sociales pesant sur l’individu ? La pression des autres, de la société, peut-elle être si forte que le sujet en vient à s’oublier, à se négliger, à se ruiner lui-même, à ne plus être qu’une parole se tarissant par trop d’acquiescements ? Peut-on aller jusqu’à l’infériorisation au profit de la bienséance, même si celle-ci est criminelle ? Est-il possible d’être responsable d’un crime par respect ? Telles sont les questions qu’évoque Jean-Paul Sartre dans La putain respectueuse, complice forcée d’un mensonge dont sera victime l’homme noir, le nègre comme on disait alors.
Cet homme noir n’a pas d’identité chez Sartre, c’est ce que lui donne Jean-Marie Piemme dans la suite La putain irrespectueuse qu’il a écrite à ma demande : une identité et une pensée, un désir d’humanité qui repousserait la violence et la haine.

Philippe Sireuil.

Vous trouverez ICI d’autres références inspirantes pour la préparation de cette rencontre.

En pratique

L’audition se déroulera au KJbi, rue Kessels 18 – 1030 Schaerbeek

Du 26 au 30 août 2019.

 

Dates de répétitions : Du mercredi  5 décembre 2019 au mardi 28 janvier 2020 (avec une courte interruption durant les fêtes de fin d’année).

Dates de représentations : Du mercredi 29 janvier 2020 au samedi 15 février 2020.

A propos de Philippe Sireuil

Mettre en scène : lire, relire, gratter, chercher, creuser, lire encore, se méprendre, chercher à comprendre, à faire comprendre, à surprendre ; se tromper, s’égarer, reprendre ; mener, accompagner, dérouter ; mettre en sens, par-dessus et par-dessous, et vice versa ; mettre en signes, en corps, en images ; raconter, tenter d’émouvoir, d’intriguer, d’intéresser ; prendre plaisir, donner du plaisir ; bouleverser le lendemain les résultats de la veille, revenir, repartir, chercher un autre chemin, une autre piste ; sauter l’obstacle, le contourner, ou en dresser d’autres ; ne pas avoir peur de raturer, salir, ou de ne pas savoir ; essayer, encore et encore, « proben » comme le dit l’allemand, et si possible ne pas ressasser ; ne pas avoir peur d’avoir peur ; prendre confiance, donner confiance, faire confiance ; travailler avec, toujours avec : le texte, l’acteur, le son, la lumière, le costume, le décor ; savoir faire, laisser vivre : mettre en scène. Débuté en 1974, ce travail de mettre en scène, – travail oui, mais aussi désir, plaisir, découverte, curiosité – se poursuit, avec le doute pour boussole.
Philippe Sireuil

Distribution

Distribution (à compléter) :

Interprétation Priscilla Adade, Aurélien Labruyère, Berdine Nusselder, Thierry Hellin / Scénographie Vincent Lemaire / Costumes Catherine Somers /Maquillages et perruques Djennifer Merdjan / Travail vidéo Hubert Amiel / Lumières et mise en scène : Philippe Sireuil.

2 rôles masculins et/ou féminins sont à pourvoir pour les membres du Centre des Arts scéniques :

  • Rôles des flics (Texte de Sartre)
  • Rôles non défini (Texte de Piemme)

Note d'intention

Ceci n’est pas une note d’intention

Contrairement à nombre de jeunes collègues pour qui le théâtre ne peut se construire qu’à partir du réel, ou plutôt du rapport qu’elles et ils entretiennent avec lui, au travers d’enquêtes, d’interviews, d’investigations sur le terrain, je crois encore à la fiction, – aux écrits d’hier et d’avant-hier -, et à leurs capacités, pour autant qu’on les regarde par le bon bout de la lorgnette,  non pas de transformer le réel, mais bien de l’interroger, et si possible d’aider à le comprendre, à le décoder, à nous permettre de «  saisir une petite parcelle d’essentiel » comme l’a écrit l’écrivain allemand Botho Strauss.

Après avoir mis en scène voici quelques saisons avec intérêt, plaisir et bonheur Les mains sales, je reviens à Jean-Paul Sartre, et sa Putain respectueuse.

Écrite juste après la seconde guerre mondiale, et lointainement inspirée d’un fait d’(in)justice comme il y en eut nombre aux Etats-Unis – ici, la condamnation à mort en 1931 des neuf jeunes afro-américains mensongèrement accusés du viol de deux femmes blanches -, elle met en scène principalement Lizzie une prostituée, un « nègre[1] » sans prénom,  Fred un client, et Clarke, le sénateur.

Machine théâtrale classique, efficace et bien huilée, parée de toutes les intentions plus respectables dans la dénonciation du racisme, de l’omnipotence blanche et de la ségrégation raciale, la pièce donne pourtant peu de place à l’homme noir, et c’est ce qui m’est apparu comme une lacune que je me suis proposé de rectifier en invitant Jean-Marie Piemme à en écrire une suite, qui donnerait notamment prénom, identité et parole au rôle de l’homme noir.

On pourrait donc dire du spectacle que je me propose de construire qu’il s’agit d’une série Putains, avec une saison 1 et une saison 2, la première avant la promulgation des lois civiques sensées donner l’égalité aux noirs, la seconde après cette avancée politique qui tarde toujours aujourd’hui à se traduire dans les faits, l’actualité nous rapportant encore aujourd’hui jusqu’à la nausée, le récit de ces jeunes hommes noirs abattus sans sommation par la police américaine.

Comme toujours je ne sais pas encore par quel bout prendre ce spectacle, je sais ce dont je ne veux pas, je ne sais pas encore ce que je découvrirai au gré de sa préparation et des répétitions.

L’hypothèse existe d’associer un musicien et un vidéaste à l’entreprise ; mon souhait est de trouver comment à réécrire scéniquement ces deux textes dans une forme de représentation qui les associe autrement qu’en les positionnant l’un après l’autre en une soirée-composée-de-deux-parties-avec-entracte, et de trouver comment «  enfoncer un coin » dans le texte de Jean-Paul Sartre pour lui faire rendre tout son jus, et casser les codes du naturalisme.

J’ai, comme je l’ai écrit ailleurs, le doute comme boussole, et l’envie de raconter des histoires, en espérant des rencontres inspirantes avec la distribution et l’ensemble des collaborateurs artistiques et techniques, et en laissant aux spectateurs le soin de faire lui aussi leur boulot de spectateur, sans chercher à m’indigner, ni à hystériser mes engagements sous les projecteurs, entre cour et jardin.

Philippe Sireuil

[1] L’usage de ce mot au temps où Jean-Paul Sartre l’écrit n’était pas encore considéré comme une insulte raciale.

°°° Quand des blancs qui ne se connaissent pas se mettent à parler entre eux, il y a un nègre qui va mourir.°°°

Préparation de la rencontre

Travail à préparer pour la rencontre :

Il vous est demandé de faire une proposition artistique de maximum 5 min inspiré du/des textes (Sartre ou Piemme).

Conditions de participation

1. Être inscrit·e au Centre des Arts scéniques, promotions ’16, ’17, ’18

2. Être libre aux dates de travail (répétitions et représentations)

3. Être libre toute la durée de l’audition et arriver à l’heure

4. Nous avoir transmis votre CV (format pdf) et une photo actualisés (format jpg) au plus tard lors de votre inscription, si cela n’a pas déjà été fait

5. Avoir publié votre profil sur le site du Centre des Arts scéniques

6. Respecter la date de clôture des inscriptions

A propos de l'auteur

USAGE DES MOTS. Avec Berdine Nusselder, conversation autour de la pièce de Sartre La Putain respectueuse. Il est question que Berdine ait à jouer le rôle de Lizzie. On s’interroge sur l’usage des mots racistes dans la pièce.

La pièce de Sartre, on le sait, dénonce catégoriquement le racisme américain des année 40. (La pièce est écrite en 1947). La dénonciation est sans ambiguïté. Mais, à maintes reprises, Sartre se sert du mot « nègre », et, dans sa structure, la pièce réduit le rôle du
« nègre » à une persécution par le complot des blancs. Si l’actrice joue au mieux Lizzie prononçant le mot « nègre », ne risque-t-elle pas d’apporter un peu de légitimité à l’insulte raciste ? L’inquiétude qu’on peut avoir est fondée. Chaque fois que l’on donne corps à une insulte raciste même dans un contexte de dénonciation du racisme, ne ravive-t- on pas malgré soi la charge d’humiliation que le mot contient ? Qui refuse le mot lui suppose quand même une proximité mentale avec la chose. En disant le mot « nègre », même dans le cadre d’une pièce visiblement anti-raciste, même comme élément du langage d’un raciste affiché, ne fait-on pas naître, quoi qu’on en dise, le spectre de ce qu’on récuse ?

On doit, hélas, répondre oui. Mais si on s’abstient de le faire, ne saute- t-on pas à l’eau pour éviter la pluie,? N’évite-t-on pas un mal par un mal plus grand encore? L’interrogation peut être replacée dans le contexte large que trace Judith Butler dans Le pouvoir des mots, discours de haine et politique du performatif « La sphère du langage est devenue l’un des domaines privilégiés de l’interrogation sur la cause et les effets de l’injure sociale. Alors qu’auparavant le mouvement des droits civiques ou l’activisme féministe étaient principalement occupés à établir la matérialité des diverses formes de discrimination et à exiger qu’elles soient réparées, la préoccupation politique actuelle pour le discours de haine met plutôt l’accent sur la forme linguistique des conduites discriminatoires et se donne pour but d’établir que les conduites verbales peuvent être des actes discriminatoires. » (p.117)

Un mot se trouve chargé de significations inacceptables : quelle attitude le théâtre peut-il prendre face à cela ? Rendre le langage à son contexte, le replacer à une époque où il apparaît comme le symptôme d’une certain état de l’inégalité sociale, est-ce suffisant ? L’historicisation du mot (par les costumes, la scénographie, l’image documentaire, par exemple) ne va pas empêcher d’entendre la façon dont le mot sonne aujourd’hui. Cette historicisation risque d’être purement et simplement niée au profit de la charge actuelle du mot. Faut-il pour autant renoncer à le prononcer, ce « mot » ?
Le mot « nègre » dans La Putain respectueuse de Sartre rend le montage de la pièce problématique si on prend en compte la sensibilité contemporaine qui interdit l’usage du mot. Cependant, si on y renonce, cela veut dire que dans une œuvre de fiction le personnage raciste ne peut plus parler en raciste, qu’il doit tenir un langage « correct », qu’il faut édulcorer son discours, l’euphémier. Et si on pousse les choses plus loin peut-être faudrait-il ne plus montrer de raciste dans une fiction, car sa simple présence serait encore un témoignage d’existence du racisme. De fil en aiguille, on voit comment le politiquement correct trahit le réel par le non-dit et constitue ainsi un acte de censure. On feint de croire que si le mot litigieux n’est pas dit, la chose existera avec une moindre force. Et on peut même s’imaginer qu’elle aura disparu. Les églises proscrivent les mots du sexe et les pouvoirs d’extrême- droite interdisent les mots de la lutte de classes. Ainsi ce qui n’est pas dit, n’existerait pas : c’est le crédo des croyants de tout poil qui ne veulent pas regarder leur diable en face.

Si, au contraire, on pense que le théâtre n’a pas pour vocation de trahir le réel mais de le désigner dans ce qu’il a d’intolérable, comment se satisfaire de renoncer aux mots du racisme ? Comment ne pas entrer dans un processus de révisionnisme qui chasse de la langue tous les mots anciens qui sont litigieux ? Devons-nous militer pour l’adoption d’une langue vertueuse qui expurge son vocabulaire de toute trace du négatif ? Désigner un mal suppose toujours qu’il y a contact avec ce mal. Aucun Hercule ne peut nettoyer les écuries d’Augias sans toucher la merde. Jadis l’église catholique avait voulu voiler les sexes dans les œuvres d’art (apparemment sans se rendre compte que ce qui est caché attise le désir davantage encore) au nom de ses conceptions morales. Dans le cas qui nous occupe, c’est la morale de l’antiracisme qui mettrait des feuilles de vignes aux mots coupables.

Lorsque le refus du racisme s’en tient à l’écho des mots sans les replacer dans une logique significative plus vaste, il se tend un piège à lui-même. Y tomber c’est croire que les choses sont résolues quand les mots ne sont plus prononcés. Ainsi sous des dehors de militance se mène une politique de l’autruche.

Reste qu’aussi justifié que soit le raisonnement (si on admet qu’il l’est),
il ne peut pas constituer le point final du problème. Il faudrait au moins se demander si le travail théâtral en soi pourrait apporter sinon une solution au moins une mise en perspective du problème. D’une certaine façon, on pourrait formuler cela ainsi : quel type d’écriture scénique concevoir pour que les mots incriminés apparaissent non comme le vocabulaire spontané du personnage, mais comme la citation d’un discours social qui appelle le jugement du spectateur ?

Jean-Marie Piemme