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La Reine Lear

Christophe SERMET

En bref

Six ans après l’énorme succès de « Mamma Medea »,  Tom Lanoye et Christophe Sermet s’attaquent à Lear

Clôture le 19/04/2018
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La Reine Lear

Tom Lanoye s’empare du vieux Roi Lear et le transforme en femme. « La Reine Lear » nous offre un panier de crabes familial infecte qui n’a rien à envier en noirceur humaine au Roi Lear de Shakespeare d’il y a quatre-cents ans. L’écrivain flamand jette une lumière crûment contemporaine et capitaliste sur un monde devenu virtuel, sorte de lande électronique globale tenant lieu de royaume originel. L’histoire baigne dans un empire financier familial multinational dont les descendants se montrent incapables d’endosser un héritage trop démesuré pour être honnête.
Elisabeth Lear, PDG du holding « LEAR », ouvre les hostilités par le découpage et la répartition de son empire financier entre ses trois fils. Lanoye change aussi le sexe des trois soeurs de Shakespeare. Le personnage de Cordélia devient l’idéaliste Cornald, fils cadet et félon du clan qui, après son refus de flatter la Reine mère en passe d’abdiquer, s’enfuit dans un pays émergent pour y développer le concept de micro-crédit. Il s’y fera rouler dans la farine et dépouiller. Ses deux frères, Henri et Gregory, sous influence de leurs épouses respectives,
tentent de se refiler leur génitrice préretraitée comme une patate chaude. La famille s’entredévore alors que l’empire « LEAR » vacille sous les assauts hostiles de la concurrence, par l’odeur du sang alléchée. Le fidèle Kent, conseiller spécial et exécutant des basses oeuvres familiales tente de faire revenir le fils prodigue Cornald de son exil tiers-mondiste et de sauver ce qui peut encore l’être. Comme dans les royaumes putrides du grand Will, la déchéance morale n’épargne personne, surtout pas les liens filiaux ou fraternels. Seul un reste d’amour bâtard survivra…
Chez Lanoye, la tempête est à la fois financière et climatique. Les cadavres « suicidés » sont ramassés aux pieds des tours de verre tandis que le climat détraqué fait rugir un ouragan apocalyptique sur la métropole en perdition, événement retransmis en direct et en boucle par les médias électroniques. Elisabeth Lear, reine post-moderne démente, errant dans la tempête urbaine avec son factotum Oleg, trouve refuge sous un abribus où elle croise le chemin de Thomas, toxicomane illuminé en descente infernale. La tragédie se dénoue au sommet du gratte-ciel de verre de la société « LEAR », au bord d’un précipice plus vertigineux encore que les falaises de Douvres. Le fidèle Kent, rendu aveugle suite à un coup de folie du fils ainé Lear, vacille, les pointes de pieds au-dessus du vide urbain. Mais la chute sera celle de Cornald, l’innocent sacrifié. La vieille Reine déchue de tout, à qui on a rendu le cadavre de son fils disloqué, dénude son sein et tente vainement de l’allaiter pour le ramener à la vie. La tempête, grand nettoyage de conscience et purification des turpitudes collectives, révèle la famille Lear à elle-même, jusque dans ses secrets les plus enfouis. La noirceur de la tragédie élisabéthaine modernisée par Tom Lanoye a bel et bien survécu à son voyage dans le temps.

En pratique

Un rôle féminin ouvert aux membres du Centre des Arts scéniques
Rencontre Professionnelle: du lundi 07 au vendredi 11 mai. Date limite d‘inscription: jeudi 19 avril 2018
Répétitions: Novembre et décembre 2018
Représentations: janvier 2019 au Théâtre National puis tournée à préciser sur 2019-20
Une production du Théâtre National Wallonie-Bruxelles en coproduction avec le Théâtre de Namur

A propos de Christophe SERMET

En 1993 Christophe Sermet décide de quitter la Suisse pour la Belgique, où il entre au Conservatoire Royal de Bruxelles, dans la classe de Pierre Laroche.
Dès sa sortie en 1996, il travaille en tant que comédien, au théâtre comme au cinéma, essentiellement en Belgique francophone, mais également en France et en Suisse.
Il monte sa première mise en scène en 2005, au Théâtre Le Public, « Vendredi, jour de liberté » de Hugo Claus. En 2009, il met en scène « Hamelin » de Juan Mayorga, son premier spectacle au Rideau de Bruxelles, qui sera ensuite sélectionné au Théâtre des Doms à Avignon.
En 2010, il monte « Une laborieuse entreprise » de Hanokh Levin et en mars 2011, « Antilopes » de Henning Mankel, tous deux joués au Rideau de Bruxelles.
En octobre 2011 et toujours au Rideau de Bruxelles, il crée en langue française « Mamma Medea » de Tom Lanoye. Le spectacle sera joué par la suite au Théâtre de l’Odéon à Paris, dans la cadre du Festival Impatience et à Rome au Teatro Valle Occupato en février 2014.
En 2013, il fonde la Compagnie du Vendredi, structure qui abritera désormais ses activités théâtrales. La compagnie est subventionnée par la Fédération Wallonie-Bruxelles.
En septembre 2013, il créé « Seuls avec l’hiver » de Céline Delbecq puis en novembre 2014, « Vania ! » (dans une nouvelle adaptation établie avec Natacha Belova). En février 2015, il met en scène une pièce singulière de Hugo Claus, « Gilles et la nuit » . En avril 2017, il présente à Bruxelles « Les Enfants du soleil », de Maxime Gorki.
En 2018, il adaptera la nouvelle de Hugo Claus « Le dernier lit », avant de s’attaquer à « La Reine Lear » de Tom Lanoye, création du texte en français.

Christophe Sermet

Distribution

Anne BENOÏT, Claire BODSON, Yannick RENIER, distribution en cours…
Un rôle féminin ouvert dans le cadre de la rencontre.
La pièce compte huit rôles, 5 hommes et 3 femmes. Alma est le moins important en termes de quantité de texte ; mais sa présence sera très importante. A priori, dans le spectacle à venir, les 8 acteurs ne quitteront que rarement (ou pas ?) le plateau.

Note d'intention

Malgré les moyens plus importants mis en oeuvre pour « La Reine Lear » que pour nos précédents projets, nous allons poursuivre notre pratique d’un théâtre élémentaire aux lignes fortes, constitué d’éléments puissants, radicaux et choisis avec parcimonie. Une manière de dessiner scéniquement des lignes tranchées et de mettre en avant l’acteur en le soutenant avec tout ce qui peut lui servir pour donner de la force à sa parole, que ce soit en puissance ou en fragilité. Une façon de préparer le terrain au chaos nécessaire à la tragédie qui se dessine. Nous placerons l’acteur – en l’occurrence l’actrice, puisque la figure d’Elisabeth Lear est éminemment dominante – forcément au centre, en songeant au Théâtre du Globe de Shakespeare : un grand nombre d’acteurs dans un espace réduit au centre d’un cercle figurant le monde. Nous tenterons de trouver par les voies pour raconter par le biais du théâtre (davantage que représenter ou montrer) la violence d’un monde en mutation incontrôlable ; et de donner à voir la déchéance d’un mythe, la chute d’un astre et de convoquer une tempête qui fera rage autant à l’échelle du monde que dans le crâne de l’héroïne.
Les motifs suivants structureront la construction du spectacle :
Astre implosant
Le motif principal est celui de l’étoile sur le point d’imploser, dont la force gravitationnelle maintient autour d’elle sa famille et son entreprise, les oeuvres d’une vie. Il y aura une notion très concentrique dans la façon d’utiliser l’espace et d’y faire évoluer les acteurs. D’après le principe cher au théâtre élisabéthain : si on ne peut aller dans le monde pour le raconter, il faut faire entrer le monde dans le théâtre. Un monde qui tourne autour d’un égo, d’une cheffe, d’un leader maximal. Le lieu central de la pièce sera la reine Lear elle-même. Son corps (on parle du corps glorieux du roi, pour Louis XIV…), ou, comme Winnie dans le « Oh les beaux jours » de Beckett, dont elle ne peut s’échapper. Elle ne peut que s’enfoncer. Elle est la représentation. Son partenaire de jeu est le tas de sable dans lequel elle s’enfonce. De la même manière, le partenaire de jeu de Lear, c’est son monde…
A commencer par ses proches, ses intimes. Ils tentent d’échapper à sa force d’attraction, de quitter son orbite. Cette tension sera l’énergie du drame. Il y a des scènes où Lear n’est pas présente. Il faut bien qu’on puisse tramer dans son dos (on est quand même chez Shakespeare) … Mais elle demeure physiquement sur le plateau. Elle ne peut littéralement pas débarrasser le plancher, se résoudre à quitter la scène, à passer la main, à abdiquer… Elle encombre l’espace de jeu comme elle encombre de sa présence ses enfants, qui se la refilent comme un meuble hérité dont personne ne veut chez soi. Elle sera donc « en scène » en permanence, refusant de la quitter.
Cela induit forcément que nous n’utiliserons pas l’espace de manière naturaliste ou réaliste (nous y reviendrons plus bas).
Verticalité (mouvement et vitesse)
L’espace physique dans lequel se déploie le pouvoir de Lear est un building, une tour de verre, dans un quartier d’affaires rutilant. Davantage qu’un moyen de locomotion, l’ascenseur est un véhicule social ou de pouvoir. Au gré des scènes, on change d’étage, du penthouse au « roof-top » et jusqu’au sous-sol, c’est-à-dire les oubliettes. Comme dans la nouvelle de Dino Buzzati, Sept étages,
dans laquelle on fait descendre un homme, venant faire soigner une affection bénigne dans un sanatorium, d’étage en étage, progressivement, en lui laissant entendre que son état se détériore. La descente s’achève au premier étage, celui où l’on meurt.
Aucun naturalisme ne sera de mise ici non-plus. Mais le motif du défilement, de l’impression de mouvement sera induit de diverses manières, électroniques et scénographiques. Autant les personnages semblent cloués sur place, fixés dans un champ magnétique qui exige toutes leurs forces et énergies pour tenter d’en échapper, autant le monde autour d’eux semble filer à une vitesse hallucinante. Jusqu’à ce qu’on ne soit plus en mesure de distinguer la direction du mouvement. Est-ce qu’on avance ou recule, monte ou descend ? A l’image de la confusion mentale grandissante de l’héroïne. Cette notion de mouvement traitée par les différents moyens d’expression du spectacle trouvera un point culminant au cours de la tempête.
Chutes
La tragédie se dénoue en haut du building, se terminant par une chute. Celle du fils prodigue sacrifié sur l’autel de la tragédie post-moderne. Sa chute interminable fait référence à des images ancrées dans l’imaginaire collectif depuis 2011, celles de corps en chute libre au coeur de Manhattan, coeur de la finance internationale ; certains de ces corps ont été figés dans leur mouvement, en photographies. Je souhaite utiliser ce motif à la fois dans le travail avec les acteurs, comme un mouvement récurrent, un gimmick, une action physique : celle de tomber, ou de rattraper la chute à venir. Le motif de la chute sera également repris en vidéo, comme analysé par des images qui synthétiseront le mouvement, jusqu’à le rendre abstrait, presque beau…
Soap bord plateau
Comme toujours chez Lanoye, comédie et drame sont inextricablement imbriqués. L’un ne va pas sans l’autre, c’était déjà le cas dans Mamma Medea, où ce mélange fonctionnait à merveille. Dans La Reine Lear aussi les styles de langages sont en concurrence. L’archaïque rencontre un langage contemporain particulièrement trivial et plat. Il y a un aspect feuilleton tv, soap opéra, des disputes à répétition dans un univers chic et toc, légèrement trash. Un imaginaire puisé dans les médias électroniques, les fictions d’internet, pour donner vie à cette dynastie ultra-contemporaine d’une famille aussi banale dans sa décadence morale que la mère fut sévère et impitoyable dans la construction d’un empire. Le jeu des acteurs sera vrai, transparent, sans fioritures. Leur aire de jeu se situera près du bord du plateau, à proximité du public. Il débordera même dans la salle. L’entourage de la reine descendra près du public, alors qu’elle, elle est condamnée à la scène, en quelque sorte à l’archaïsme du théâtre. Parfois ils parleront d’elle en l’observant sur le plateau, en la voyant littéralement perdre pied, tomber se relever. Ce moment où les parents vieillissants et régressants deviennent d’une certaine manière les enfants de leurs enfants. Ils la regarderont comme on observe de loin son enfant jouer dans un square… ou comme on visite au zoo un animal rare, spécimen en voie d’extinction.
Coulisses
Oleg, l’infirmier et factotum d’Elisabeth Lear, la filme presque en permanence. Comme s’il tenait un journal de bord, une observation médicale constante de ses déplacements (peut-être pour évaluer la progression de la démence de sa patiente). Elle s’égarera parfois brièvement en coulisses, où il la suivra, la filmera et son image sera retransmise à l’avant, sorte d’écran de contrôle. Les seuls instants où elle s’éloignera du centre du plateau seront pour se perdre en coulisses, comme un acteur qui ne se souvient plus de ses déplacements, qui se trompe de sortie et qui revient par une autre entrée.
Tempête
Chez Lanoye, la tempête est plus globale, plus absolue et dévastatrice que chez Shakespeare. Elle ressemble au déluge d’un film catastrophe. Elle représente le point de non-retour de la pièce. Nous n’aurons pas de trop de tous nos moyens scéniques pour la traiter : scénographie, vidéo, son, jeu d’acteurs… Nous tenterons toutefois de la segmenter, la déconstruire, en séparer les différents ingrédients. Comme lorsqu’on appuie sur « pause » au milieu d’un film, comme lorsqu’il ne reste d’un événement violent que le souvenir ou qu’un tel évènement est décortiqué et analysé scientifiquement. Ou comme on imagine le centre de l’oeil d’un cyclone, où il régnerait un calme absolu…
Un petit ventilateur et un verre d’eau peuvent permettre de figurer un tsunami, aussi bien qu’une bande-son hollywoodienne. Nous tenterons de combiner les deux, dans une volonté de nous situer dans une théâtralité toujours en complicité et en dialogue avec le public. Non pas pour le bluffer, le souffler, mais afin de relater et interpréter les événements en les décomposant et en n’utilisant que quelques flashes de fureur sonore et visuelle pour donner à ressentir quelques brefs instants la violence tragique, qui dépasse de loin la violence des seuls humains.

°°° Un décor urbain, au coeur d’un quartier d’affaires, évoquera une sorte de lande digitale mondialisée, envahie par les images et les écrans, et dont l’ascenseur sera la principale artère de vie et de communication. °°°

Préparation de la rencontre

Vous trouverez sur ce lien la demande du metteur en scène en termes de préparation à la rencontre.

Tom Lanoye

°°° Même la douce et jolie Alma sort de son cocon. Gentil petit papillon devient une chose visqueuse à petites dents pointues. °°°

Conditions de participation

1. Être inscrit(e) au Centre des Arts scéniques, promotions   ’15, ’16, ’17
2. Être libre aux dates de travail (répétitions et représentations)
3. Être libre toute la durée du stage et arriver à l’heure
4. Nous avoir transmis votre CV (format pdf) et une photo actualisés (format jpg) au plus tard lors de votre inscription, si cela n’a pas déjà été fait
5. Respecter la date de clôture des inscriptions

 

A propos de l'auteur

Tom Lanoye est un écrivain flamand. Il vit et travaille à Anvers et au Cap.
Il compte parmi les auteurs les plus multiformes et les plus couronnés de sa génération, y compris en dehors des pays de langue néerlandaise. Difficile de trouver un genre dans lequel il n’ait pas produit au moins une oeuvre importante, que ce soit le roman, la poésie, les chroniques, les essais, les courts récits ou le théâtre.
Parmi ses principaux titres, on retiendra « Kartonnen dozen » (1991, « Les boîtes en carton »), un roman empreint de mélancolie, et « Het Goddelijke Monster » (1997, « Le monstre divin ») qui forme avec « Zwarte tranen » (1999, « Les larmes noires ») et « Boze tongen » (2002, « Les mauvaises langues ») l’ultime trilogie sur le cœur déchiré de l’Europe, la Belgique. En 2007, il remporte aux Pays-Bas le prix Gouden Ganzenveer pour l’ensemble de son oeuvre. Fin 2009 paraît son roman « Sprakeloos » (« La langue de ma mère »).
Son œuvre théâtrale se compose d’une vingtaine de pièces. Après le succès de « Ten oorlog » (1997, « Á la guerre »), Il devient l’un des dramaturges contemporains les plus demandés en Allemagne.
Certaines de ses oeuvres sont publiées ou jouées dans plus de dix langues. Tom Lanoye compte à son actif des pièces régulièrement et fréquemment jouées hors de Belgique, telles que « Fort Europa » (2005, « La Forteresse Europe »), « Mamma Medea » (2001, librement adaptée d’Euripide), « Mefisto for ever » (2006, librement adapté de Klaus Mann) et « Atropa ». « De wraak van de vrede » (2008, Atropa. La Vengeance de la paix). Les deux dernières forment le début et la fin du « Triptiek van de macht » (« Tryptique du pouvoir ») du metteur en scène Guy Cassiers. Le même Guy Cassiers met en scène, toujours à Avignon « Bloed en Rozen » (2011, « Sang et Roses »). Pour le metteur en scène Ivo Van Hove, Lanoye s’attaque pour la première fois à Tchekhov. Cela donne « De Russen », librement adapté de Ivanov et Platonov. « Hamlet vs Hamlet » (2014), autre adaptation shakespearienne, toujours pour Guy Cassiers. « Koningin Lear » (2015, « La Reine Lear »), au Toneelhuis d’Amsterdam, et « Gaz », monologue écrit pour la grande comédienne flamande Viviane De Muynck. « La Reine Lear » est créé en langue allemande en 2016, au Schauspiel de Francfort. Le spectacle connaît un vif succès et la pièce est unanimement saluée par la critique allemande.

°°° Si mignonne et toujours sombre ! Ma chérie, rentre au chaud, c’est mieux dans ton état. (parlant d'Alma) °°°