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Sauvez Bâtard

Thymios Fountas

En bref

J’ai rien à voir, dehors. J’adéquate pas. J’suis comme un faucon en cage, une invariable buse, un raté taré.

L’univers de la pièce

Le ciel a disparu. Bâtard est jugé par un tribunal de la rue composé de Clébard, Clochard et Cafard pour le meurtre de Sophie. Pourtant, la justice peine à s’organiser. Grâce à ses superpouvoirs de poète, Bâtard provoque des trouées dans l’espace-temps, sortes de flashbacks sur la nuit passée afin d’exposer sa version des faits. Jusqu’à ce qu’arrive Ekart, l’idole du quartier, le seul à avoir un avenir professionnel grâce à ses cours d’anglais…

Reprenant quelque chose d’un imaginaire cyber-punk, l’histoire se situe dans une civilisation un peu plus avancée que la nôtre, un peu plus sombre aussi.

Le ton de la pièce oscille entre humour grotesque (jeux de mots ridicules, comique de situation) et noirceur romantique (emphase, évocation de la ruine). C’est la parodie qui permet cette cohabitation des genres tragiques et comiques. Non pas une parodie qui se satisfait de la moquerie, donc, mais qui se sert de l’insolence de la dérision pour raconter une autre histoire, en marge des grands récits tragiques et unificateurs. Une fable avec cinq personnages pour parler du non-grandiose, du petit, du honteux, des laissé·es pour compte, des bizarroïdes, des freaks, avec importance et ridicule à la fois.
Et puis au cœur de l’histoire, il y a of course l’amour. Un amour brisé, entre la romance kitsch, le super-drama, et la sincère blessure que la perte peut provoquer.

Le queer, la bâtardise

Le choix d’une comédienne (Alizée Gaie) pour jouer Bâtard, décrit dans la pièce au masculin, travaille cette ambiguïté. Au-delà du simple décalage, il déjoue déjà un mythe du poète (ou du génie créateur) essentiellement masculin : Homère, Rimbaud, Brecht, Kurt Cobain… Ici, le personnage échappe aux définitions, de celles qui tracent des contours finis et clôturés. Hybride et queer, Bâtard est de l’entre-deux, jamais là où on l’attend. On l’identifie au premier regard comme une femme et pourtant le voilà qui va pisser debout.
Et puis il y a sa relation avec Ekart, amoureux éperdu et à la virilité écorchée, qui n’a de cesse de répéter lors d’une de ses tirades « je suis pas pédé »… Comme un écho au contexte abîmé, dans la mise à nu et l’effritement de sa masculinité, Ekart découvre une autre forme de puissance.

Comment s’aimer quand c’est « la fin d’un monde » ?

Ekart, c’est l’idole du quartier. Il incarne la possibilité d’une ascension sociale et cristallise l’admiration : il est beau, sportif, valeureux et bilingue. Il coche toutes les cases exigées par le capitalisme anglo-saxon numérique ubérisé. C’est que le drame d’Ekart est de s’être construit depuis l’extérieur, selon les attentes de son milieu. Bâtard, lui, est juste un raté.

EKART.
On te voit pas sortir souvent.
BÂTARD.
Et alors ? J’en ai besoin ?
EKART.
Et alors. T’as peut-être tort.
BÂTARD.
J’ai rien à voir, dehors. J’adéquate pas. J’suis comme un faucon en cage, une invariable buse, un raté taré. Et je tape mon bec contre les barreaux quand passent les étourneaux. Et quand je sors, le ravage. Comme t’as vu.
EKART.
C’est dommage. Et c’est beau.

Un spoken-opéra

Sauvez Bâtard est un spectacle musical, avec des moments parlés-chantés, sortes de plaidoyers poétiques. Les acteurices y jouent avec la sonorité et la matérialité de la langue tout en donnant au personnage l’occasion de nous livrer quelque chose de plus intime ou de faire preuve de leur virtuosité et de leur sens du drama. Ces moments sont encore à définir musicalement avec les comédien·nes et le la créateurice sonore.

 

BÂTARD.
Tout
tout est moi
si tu préfères
je suis l’plus grand bâtard de l’univers
faut bien qu’un gars soit bouc émetteur de misère
connard sur les téléviseurs
et coagule le hit des plus grands méchants à cagoule
des plus machiavéliques prédateurs du jurassique
le véloce aéro-rapteur de jet
destructeur surnaturel de symboles phallocratiques
à coup de Boeing 767
le tyrano-richard léchouilleur du cours des bourses
avare délégateur du labour de ses terres
proprio des grandes tours et faiseur de déserts
le perfide pédo-tactile du net
violeur de gonzesses en burqa et jupette
de gosses
à même la poussette
le tricé-kalachnikopse
karcher cleaner
de gazette à la sauvette
de supérette casher
de pompe en grandes pompes
et bla-bla-bla
le poseur de bombasses en boum-boum short
dans les boîtes à foutre des grandes avenues ganglionnées
des artères bouchées
dont les cervelles fondent fondent fondent
sur vos têtes
comme des oiseaux
fondent fondent fondent
sur vos têtes
comme des fientes
et vous collent aux baskets
comme vous
me collez
mais
je
m’y
fais
vous
en
faites
pas
j’adore même
je vous
Silence.

Sur scène

Un espace épuré, un plateau-vague, où évoluent des personnages furieux et insolents, sans être brouillons. Iels semblent être au bord d’une explosion qu’iels contiennent à tout prix. La relation à construire avec le public : parler à leur corps.

En pratique

Un rôle est ouvert aux bénéficiaires du Centre des Arts scéniques.

Le rôle de Cafard

Le rôle pour lequel nous cherchons un·e acteurice s’appelle Cafard. Il fait partie du trio du tribunal de la rue, avec Clébard et Clochard. Ces trois personnages partagent quelque chose d’une théâtralité loufoque et bizarre, assez instinctive et organique, et surtout comique ! (Contrairement à Ekart qui est décidément trop premier degré.) Les scènes de tribunal dans la pièce montrent un Clébard autoritaire, un Clochard perché et un Cafard tiraillé entre son envie de bien faire (un peu fayot) et son appétit insatiable (il mange tout ce qu’il trouve). Clébard tente d’organiser ce chaos. Pour éclairer un point, il ne s’agit pas tout à fait de jouer un cafard. Le personnage est un humain, zonard de cette rue, qui a quelques attributs de l’animal (un biorythme, un élément de costume, une façon de parler, de bouger, de s’étonner). Les trois personnages du trio sont extra-sensibles, tout peut devenir extraordinaire. Le rôle de Cafard étant très présent, souvent sans texte, un travail sur sa présence au plateau sera primordial et à écrire ensemble. Les propositions seront les bienvenues durant les répétitions !

Profil recherché

– Un·e acteurice avec une forte capacité de proposition ;
– un goût du rythme et de la musicalité ;
– un goût pour la langue de la pièce ;
– une sensibilité à la science-fiction et à la performance ;
– une sensibilité aux questions queers.

Calendrier

Rencontre :

Du 05 au 09 décembre 2022 au KJbi.

Premier tour : le 05 ou le 06/12

Deuxième tour : le 07 et le 08/12

Troisième tour : le 09/12

Répétitions et Représentations :

Répétitions : 30 janvier – 11 février 2023 (2 semaines)
Répétitions :27 février – 11 mars 2023 (2 semaines)
Répétitions : 27 mars – 15 avril 2023 (3 semaines)
Représentations : 16 – 22 avril 2023 (6 dates) au Festival Émulation (Théâtre de Liège)
Options de tournée (à confirmer bientôt) :
– 1-8 octobre 2023
– 23 octobre au 19 novembre 2023

A propos de Thymios Fountas

Thymios Fountas [auteur, metteur en scène] est belgo-grec et né en 1989 à Copenhague (Danemark). À 9 ans, il commence le piano. Il est formé à l’IAD (2013) en option interprétation dramatique et à l’INSAS (2015) en option écriture (théâtre et cinéma) sous le tutorat de Jean-Marie Piemme.
En 2014, il rencontre la Clinic Orgasm Society sur le spectacle Pré (Théâtre Varia) où il est assistant à la mise en scène. Il crée avec eux Das Boot, un projet musical et performatif (Point Ephémère, Théâtre Varia, Rockerill, Le Lac, etc.). En 2016, il joue dans Si tu me survis,… de la Clinic Orgasm Society au Théâtre Varia et au Manège de Mons. Parallèlement, il performe pour Carole Douillard (The Viewers), Les Gens d’Uterpan (Manifestation), Audrey Rochette (Seagulls) et Elsa Chêne (Mur/Mer).
Il écrit plusieurs pièces courtes (Dicke Bertha, Mandibules et Je choisis une forêt) ainsi que deux pièces longues : Sauvez Bâtard et Ublo (lue à Noël au théâtre en 2018). Cette dernière pièce, première écriture pour le jeune public, est créée par la Compagnie Canicule pour les Rencontres du théâtre jeune public de Huy (2018). En juin 2019, il joue Volcans, co-mis en scène et interprété avec Aurélien Leforestier à la Balsamine (PIF #4). Il participe à Space Is The Place de la Ghost Army (Balsamine, Mars) en tant que performeur/créateur. En avril 2021, il prend part à l’occupation de La Monnaie avec le collectif Bezet. Actuellement, il met en scène Sauvez Bâtard qui sera joué au festival Émulation en avril 2023 (Théâtre de Liège). La façon dont s’articulent les fictions et leur agentivité sur les imaginaires et les possibilités d’avenir guide sa recherche de créateur, proche de ses convictions écologistes, queer-féministes et intersectionnelles.

Thymios Fountas ©Théo Mauroy

Distribution

Écriture & mise en scène : Thymios Fountas
Interprétation : Alizée Gaie, Chloé Larrère, Sam Van der Zwalmen, Lode Thiery, en cours
Assistanat : Anna Solomin et Astrid Akay
Scénographie & costumes : Nina Lopez Le Gaillard
Lumière : Alice De Cat
Son : (en cours)

En coproduction avec le Théâtre de Liège. Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles (capt), Le Corridor, La Chaufferie-Acte 1, CED-WB, Le Boson, Iles asbl – Artist Project, Festival Look’IN OUT, Festival Cocq’arts, La Maison qui chante, Les Ateliers Mommen.

Note d'intention

Il y a déjà 6 ans, j’écrivais Sauvez Bâtard, en souvenir de ma lecture de Baal de Bertolt Brecht. A l’époque, j’étais hanté par mes amours passées – jamais je n’aimerai à nouveau comme j’ai aimé à vingt ans, je me disais, non sans un sens certain du drame – et j’accompagnais mon frère au travers de la violente tempête qui venait d’éclater dans son cerveau, altérant profondément son rapport au réel. Téléporté dans un monde post-nature, Bâtard, minable, hybride, cruel, est à la fois poète et raté.

La poésie. Un mot fané dont on ne sait pas toujours très bien le sens. La poésie échappe à l’injonction de lisibilité, donc à un rapport à l’écriture qui suppose que tout partirait d’un « message » à faire passer – j’ai pas compris j’ai pas reçu le message allô qui est à l’appareil ? – et auquel elle devrait se soumettre.

Comme un·e hacker qui recode un système informatique préprogrammé, le·la poète·sse travaille à faire sienne une langue toujours autre qu’ellui. La poésie procède par chocs successifs d’éléments hétérogènes l’un à l’autre : un mot contre un autre mot, un agencement contre l’attente d’un autre agencement, un corps contre un autre corps. La langue de Sauvez Bâtard est une langue du futur, composite, queer, altérée, mouvante, tantôt lyrique, tantôt nulle, plate ou sale.

Dans notre monde abîmé – pleure pas, c’est comme ça, c’est pas si grave –, que construire, que rêver ? Les oiseaux disparaissent et avec eux leurs chants, le ciel de certaines mégapoles s’éteint sous les smogs, les lumières artificielles ou la fumée des forêts. Les antagonismes s’affrontent de toute part avec le langage comme champ de bataille.

Comment écrire l’avenir, en dehors des visions négationnistes ou catastrophistes ? Peut-être comme un territoire de possibles, abîmés, certes, mais possibles malgré tout. C’est ce que permettent les jeux et les histoires. Car, au retour les deux pieds sur le bitume, traînent encore sous nos paupières des morceaux de fictions qui, peut-être, nous feront porter un nouveau regard sur le monde, sur nous-même, et aiguiseront, justement, notre capacité poétique, cette imagination aujourd’hui si vitale à nos exigences d’avenir.

Préparation de la rencontre

  • Une proposition personnelle à partir d’un extrait de Sauvez Bâtard de votre choix, quel que soit le rôle, avec ou sans partenaire de jeu. (5 min maximum)
  • Un moment musical chanté, à partir d’un extrait de votre choix du « choral du petit bâtard des ruelles ». Vous pouvez être accompagné·e d’un instrument, d’un enregistrement, voire de choristes, si vous voulez. (3 min maximum)

Trois inspirations :

Il n’y aura rien à préparer pour le 2e tour.

Le mot de passe du texte vous est parvenu par email.

Conditions de participation

1. Être inscrit·e au Centre des Arts scéniques, promotions ’19, ’20, 21′ et avoir publié votre profil

2. Être libre aux dates de travail (rencontre, répétitions et représentations)

3. Arriver à l’heure

4. Avoir lu et accepté de respecter le règlement des rencontres professionnelles

5. Respecter la date de clôture des inscriptions

Lieu de la rencontre

Rue Kessels 18 - 1030 Schaerbeek
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