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Workshop théâtral autour de la performativité de la langue avec Héloïse Jadoul

En bref

Pour donner ce workshop, je serai accompagnée de Lorenzo De Angelis, chorégraphe et danseur. Nous avons collaboré ensemble sur plusieurs de mes projets dans lesquels il apportait son regard chorégraphique. Nous avons aussi pensé ensemble une formation en arts vivants pour les Ateliers Indigo (structure qui accueille des artistes en situation de handicap mental). À partir de son regard sur le corps et de mon rapport à la langue, nous chercherons ensemble les potentialités d’écriture scéniques de cette rencontre entre les membres du CAS et les membres du centre Le Tandem.

Le workshop aura lieu en collaboration avec les membres de la troupe de théâtre du service d’accueil de jour pour personnes présentant une déficience mentale – Le Tandem. Les journées seront organisées de façon à permettre leur participation dans le respect de leurs besoins spécifiques. La bienveillance et le cadre seront les valeurs indispensables pour permettre le bon déroulement de ces quelques jours d’ateliers.

Pour ce workshop, chaque journée s’alternera entre échauffements, exercices de conscience de soi, du groupe et de l’espace ; et travail pratique sur le texte de Racine. Nous travaillerons à partir de notre outil (corps et voix) à éveiller notre attention à ce qui fait écriture : le geste, l’intonation, la répétition, le silence. Je voudrais également approfondir une recherche sur la performativité de la langue à partir de dispositifs d’expérimentation (dont vous trouverez deux exemples ci-dessous). Au fur et à mesure des journées, nous tenterons également de trouver des formes reproductibles dans nos essais.

En pratique

Le workshop a lieu du 4-6 et les 9 et 10 novembre au Théâtre des rues à Cuesmes de 10h à 17h.

Les transports sont pris en charge par le CAS.

A propos de

Je m’appelle Héloïse Jadoul. Je suis née en 1992 à Bruxelles. Je suis metteuse en scène, interprète, conférencière en école supérieure et maman de deux enfants en bas âge. Je suis diplômée de l’INSAS en 2014 et d’un master au RITCS en 2015. 

J’ai mis en scène trois spectacles : Partage de Midi de Paul Claudel (Théâtre de la Vie, Prix Maeterlinck de la Meilleure Découverte 2019), Intérieur de Maurice Maeterlinck (Balsamine, 2021) et Chiens de faïence de Vincent Lécuyer (Rideau de Bruxelles, 2023). Je mène également des projets en tant que conférencière en école supérieure : Iphigénie en trois versions (Arts2 – projet mélangé des 3ème année – 2022), Penthésilée de Kleist (IAD – projet de fin d’étude- 2023) et Orlando – laboratoire de métamorphoses d’après V.Woolf (Arts2 – projet de fin d’étude des Masters de l’Atelier – 2026). 

Chacune de mes créations est avant tout une rencontre avec une œuvre écrite. J’ai besoin, pour créer, de cette première confrontation à l’altérité, à une autre manière de penser et de raconter le monde. C’est à travers les mots d’un·e autre que je cherche à donner forme aux miens, dans des propositions à la fois poétiques, plastiques et sensibles. D’un spectacle à l’autre se dégagent des mêmes motifs : la prise en charge contemporaine d’un texte du passé, un rapport au dire performatif, un symbolisme des images au plateau, en dialogue étroit entre les différent·es créateur·ices techniques. Chaque création est aussi une invitation faite au public de tisser à son tour son propre réseau d’analogies, d’associations et d’échos. 

 

Présentation Lorenzo De Angelis : 

Lorenzo De Angelis commence ses études Chorégraphiques en 2004 au CDCToulouse (Dir. A. Bozzini, puis au CNDC d’Angers (Dir. E. Huynh). 

Après l’école, il travaille directement avec Pascal Rambert avec qui il fait trois créations (Toute La Vie, Libido Sciendi, Mémento Mori). Il travaille aussi, depuis le début, avec Vincent Thomasset. Par ailleurs il a été interprète pour Alain Buffard, Youn Soon Cho Jacquet, Marlene Monteiro Freitas, Yves-Noel Genod, Fabrice Lambert, David Wampach…

Depuis 2016 il crée des spectacles : HALTEROPHILE – entre one-man-show chorégraphique et lapdance métaphysique. De La Force Exercée, rituel pour un bodybuilder. A l’Effigie, expérience de civilisation temporaire. Personne, crée au Japon en collaboration avec Ikue Nakagawa, Yohei Ymade et Rika Yokoya. Playlist, en collaboration avec Wagner Schwartz

 

Présentation du Tandem :

Le service d’accueil de jour pour adultes Le Tandem – La Galice Asbl 

Le Tandem accueille actuellement une cinquantaine de personnes adultes présentant une déficience mentale légère, modérée ou sévère. Néanmoins, les caractéristiques singulières des personnes accueillies s’étendent également aux troubles médicaux et/ou psychologiques et/ou psychiatriques pouvant y être associés (épilepsie, cardiopathie, troubles sensoriels, troubles du spectre psychotique, etc.).

Le Tandem est aussi un lieu de vie et de rencontres, un lieu de croisement de vies différentes. Un espace qui permet aux uns de composer avec les autres au sein d’une collectivité. Un lieu qui permet d’être reconnu dans sa spécificité.

La Cie du TandM, a vu le jour à l’initiative de Monsieur Goethals il y a plus d’une quinzaine d’année. Depuis, le troupe du Tandem ne cesse de développer diverses création. Celles-ci s’organise sur base de création collective, s’inspirant du courant du théâtre action. 

Note d'intention

Note d’intention : 

Ce projet naît d’une obsession : interroger le dire. Non pas le dire comme simple vecteur de sens, mais comme expérience physique, performative, spectaculaire.

Dans ma pratique théâtrale, je cherche à établir un rapport non-naturaliste à la langue. J’aime travailler à montrer ce qu’il y a d’étonnant dans le seul fait de parler. J’aspire à faire exister le décollement entre le mot et la chose, entre la parole et celui ou celle qui la profère.  Je considère le texte comme une matière dont il ne s’agit pas d’illustrer le sens mais de la mettre en critique, la déplacer, l’éprouver — par la voix, par le corps, par la répétition, la variation, la fragmentation, la raréfaction, l’abstraction.

Produire de la parole est un acte fragile, situé, traversé de silences, de tensions et d’inconscients. Dès lors, explorer la performativité et l’agentivité de la langue, c’est aussi interroger les rapports de pouvoir qu’elle contient. Que disent les mots ? Que taisent-ils ?  Qui a accès au langage ? Qui est autorisé à parler ? Quels corps sont jugés audibles ?

Ces questions en ouvrent d’autres, plus intimes : quelle relation entretenons-nous avec notre propre parole ? Qui aura jamais été en phase avec soi dans la parole ? Qui peut prétendre exprimer exactement la pensée qui circule dans son for intérieur ?

La démarche interroge également le travail de l’interprète face à un texte patrimonial : comment habiter cette langue, comment s’y confronter sans la figer, comment laisser apparaître ses silences, sa violence et sa beauté ? Comment rappeler ce texte à la vie et dans quel but ? En quoi le travail avec des publics différents informent ou déforment l’art, l’œuvre en train de s’écrire ? Comment cela déplace le regard posé sur le texte, sur l’art de l’interprète, et plus largement sur le théâtre lui-même ?

Les premières expérimentations avec des personnes en situation de handicap mental ont rendu particulièrement opérant ce procédé de forage dans le texte. Là où la norme cherche souvent la clarté, la cohérence et la continuité, ces expériences déplacent l’écoute. Elles révèlent d’autres logiques, d’autres rythmes, d’autres rapports à la parole. 

Il s’agit de déplacer la hiérarchie des savoirs et des légitimités : chacun·e devient explorateur·rice de la langue à sa façon.

Un matériau posé sur la table de travail : Bérénice de Racine

 

La langue de Racine s’est imposée comme un matériau propice à nos explorations. L’aspect codifié, métrique, rythmique de l’alexandrin et les intrigues très épurées des différentes pièces de Racine en font une matière particulièrement pertinente pour éprouver cette démarche.

L’oeuvre Bérénice écrite en 1670 par Racine est un classique des classiques de la langue française en occident. Elle est réputée comme étant “une tragédie de la parole” car, dans cette pièce, l’unité d’action vient du dilemme entre dire et ne pas dire. Bérénice est ainsi une tragédie où le pouvoir s’exerce — et se défait — dans le langage même. Ici, parler c’est régner. La parole engage des choix, des positions, des actes.

Dispositifs d’expérimentation : 

  1. Souffleur·euse – soufflé·e 

Ce dispositif se déploie à partir d’un duo d’interprètes. L’un·e occupe – au lutrin – la place du·de la souffleur·euse; l’autre celle de l’interprète à qui l’on souffle le texte. Cette configuration met en jeu une triangulation fondamentale : souffleur·euse / soufflé·e / public — texte / interprète / public.

Cela permet de faire entendre le texte plusieurs fois, sous différentes inflexions, et d’introduire une altérité là où domine habituellement la solitude de l’interprète, souvent associée à la virtuosité ou à la monstration du talent. Ici, la parole se fabrique à deux, voir même à trois si l’on considère les spectateurices. 

Le jeu souffleur–soufflé permet de faire entendre, sans didactisme, ce que l’on ne veut plus dire — ni parfois entendre — aujourd’hui, que ce soit dans la sphère sociale ou dans l’intime. Il rend audible ce qui est devenu difficile, inaudible ou refoulé.

  1. La mémoire trouée des messager·es

Pour ce chantier de recherche, je souhaite travailler sur la naissance du langage. Pour cela j’utilise la figure du·de la messager·e. Celleux qui viennent annoncer quelque chose. Celleux dont la fonction est de délivrer un message. Que se passe-t’il si iels perdent la parole, les mots, la mémoire ?  Imaginons, par exemple, qu’iels n’aient plus parlé depuis la fin de l’Empire romain. Alors, devant nous, pour nous, iels poursuivent l’acte de transmission indispensable à toute civilisation et iels convoquent le passé. Petit à petit, iels invitent sur scène les vestiges d’une langue, d’une époque, d’un empire. Iels se remémorent des mots déjà prononcés et entendus mille fois, et iels en interrogent la portée et la signification aujourd’hui. Iels balbutient, bégaient, inventent et font résonner l’inouï dans la langue. L’émotion revient à travers les mots pour le dire ou en marge de ceux-ci. 

Préparation de la rencontre

Pour vous inscrire, merci de nous envoyer votre CV et une courte motivation (écrite / audio / vidéo visionable en ligne selon ce qui vous est le plus accessible) à rencontres@arts-sceniques.be avant le lundi 26 octobre 23:59.

Conditions de participation

1. Être inscrit·e au Centre des Arts scéniques, promotions ’23, ’24 ou ’25 et avoir publié votre profil

2. Être libre aux dates de la rencontre.

3. Avoir lu et accepté de respecter le règlement des rencontres professionnelles

4. Respecter la date de clôture des inscriptions le 26 octobre 23:59