Un théâtre de l’urgence et de la proximité
Produire Dylan et le fantôme au Théâtre de Liège, c’est avant tout faire le choix d’un théâtre de l’urgence, qui refuse la distance de la scène traditionnelle pour s’inviter là où se nouent les trajectoires de la jeunesse : au cœur même de la salle de classe.
Le pitch de la pièce porte en lui une puissance dramatique immédiate. Un homme franchit le seuil d’une classe, quinze ans après l’avoir quittée. Dans ce lieu inchangé où les odeurs et les lumières réactivent la mémoire, le passé vacille et un nom resurgit : Dylan. À travers ce monologue d’une intensité rare écrit par Thomas Flahaut, nous plongeons dans les zones d’ombre de l’adolescence, là où le harcèlement, l’homophobie ordinaire et le poids des non-dits s’ancrent durablement dans les chairs et les esprits.
En tant que producteur, notre responsabilité est de porter des récits nécessaires qui interrogent la construction de l’individu. Ce texte ne se contente pas de raconter l’adolescence ; il ausculte les traces invisibles qu’elle laisse en nous. Ce qui n’a pas été dit hier continue de résonner aujourd’hui, et c’est cette résonance que nous voulons faire entendre.
Le choix d’un dispositif immersif et radical
La force de ce projet réside dans sa radicalité scénographique. En transformant un espace quotidien et familier – la salle de classe – en un lieu de fiction et de mémoire, le spectacle brise le quatrième mur de manière organique. Les élèves ne sont plus de simples spectateurs passifs : ils partagent le même espace, le même air et la même lumière que le personnage.
Ce choix de production répond à un désir profond de démocratisation culturelle et d’accessibilité. Il s’agit d’aller à la rencontre des adolescents sur leur propre terrain, de bousculer leur quotidien par l’irruption du théâtre, et de transformer un lieu d’apprentissage en un espace de catharsis collective. La brièveté et la densité du texte renforcent cette volonté d’impact direct et sensible.
Pourquoi aujourd’hui ? Les enjeux sociétaux du projet
Porter ce projet aujourd’hui est une nécessité absolue. Le texte de Thomas Flahaut aborde avec une justesse percutante des problématiques contemporaines cruciales :
- Les violences scolaires et les dynamiques de groupe : La pièce démonte les mécanismes de l’invisibilisation du harcèlement, l’effet de meute et la culpabilité de ceux qui regardent sans agir.
- La déconstruction des masculinités : À travers la figure de Dylan – à la fois ami, rival et obsession -, le texte interroge les modèles de virilité imposés aux jeunes garçons, la peur du rejet et la difficulté pathologique à exprimer ses vulnérabilités.
- L’homophobie ordinaire : Le spectacle met en lumière ces violences du quotidien, souvent banalisées sous forme de « blagues » ou de silences complices, qui s’avèrent pourtant dévastatrices.
La « figure du fantôme » devient alors une métaphore universelle de nos traumatismes enfouis. Dylan est la trace persistante d’une blessure qui refuse de cicatriser, rappelant aux adultes de demain que les actes et les mots de l’adolescence façonnent durablement l’identité.
Un projet citoyen et un outil de dialogue
On ne peut pas proposer une œuvre d’une telle acuité sans ouvrir un espace de parole thérapeutique. C’est pourquoi la production de Dylan et le fantôme a été pensée dès son origine comme un projet global, indissociable de son action culturelle.
Chaque représentation au sein des établissements scolaires sera immédiatement suivie d’un dispositif d’accompagnement et de médiation. Notre objectif n’est pas de moraliser, mais d’offrir une soupape de sécurité, un moment d’échange libérateur où les élèves pourront verbaliser leurs propres ressentis, questionner les rapports de force et briser, à leur tour, le poids du silence.
En produisant Dylan et le fantôme, le Théâtre de Liège réaffirme sa mission de service public : faire du théâtre un miroir de la société, un vecteur d’empathie et un espace de débat citoyen indispensable pour la jeunesse.