UBIQUITY désigne la capacité d’être présent à plusieurs endroits à la fois. Ce concept est le point de départ d’un spectacle immersif et participatif mêlant danse, réalité virtuelle et DJ live.
Le projet interroge notre devenir collectif à l’ère numérique, où les outils censés nous relier nous isolent davantage les uns des autres. Comment rassembler des corps plongés dans des réalités fragmentées? Comment tordre ces technologies pour en faire des instruments de lien et de joie?
Ce questionnement a démarré dans le cadre d’un programme de recherche réunissant la plasticienne et chorégraphe Emmanuelle Raynaut et la metteuse en scène et autrice Isabelle Jonniaux, rejointes plus tard par l’artiste multimédia Hayoun Kwon, experte de la réalité virtuelle. Toutes trois, nous partageons le constat d’un monde où les outils numériques nous connectent à la terre entière, mais nous absorbent au point de nous couper du monde sensible et de l’expérience corporelle des autres. En tant qu’artistes, notre façon de résister est de composer d’autres imaginaires poétiques, d’autres façons d’habiter le numérique – de le “hacker” – afin de le relier à notre expérience sensible, à la réalité de nos corps multiples, puis d’inviter le public à en faire l’expérience.
UBIQUITY est né de cette tension féconde : danser ensemble, séparés par un casque virtuel, reliés par un souffle commun. Être à deux endroits en même temps. Dans un monde vivant et dans ses absences. Dans le réel et dans ses échappées invisibles. Résider dans l’entre- deux, non pour s’y perdre, mais pour en faire théâtre.
Nous imaginons l’ensemble du spectacle comme une fête post-numérique, une mascarade qui reprogramme les usages numériques. La réalité virtuelle impose un masque. Nous le sur-masquons pour le détourner en objet carnavalesque. Les masques brouillent les identités, brisent les interdits, et se moquent des postures. Le carnaval dénonce et dévoile métaphoriquement les mécanismes à l’œuvre derrière les écrans numériques. À rebours de l’isolement qu’implique l’immersion individuelle, nous créons un rituel collectif et performatif, un espace liminal où le réel et le virtuel se superposent et se questionnent. Un carnaval 3.0 où la danse transgresse le rite numérique et déborde jusqu’à contaminer la totalité du public.
Dans UBIQUITY, la réalité virtuelle est un hors-champ du spectacle auquel ont accès les «voyant·es», les spectateur·ices équipé·es de casques VR. Habité·es par ces mondes intérieurs, iels incarnent pour le reste du public des « illuminé·es » aux mouvements mystérieux, indéchiffrables, attisant la curiosité de celle·eux qui regardent. Entre les deux, des danseur·euses agissent comme des médiateur·ices qui incarnent l’instrument de lien et de joie nécessaire pour réchauffer et réhumaniser le monde numérique.
La danse vient ainsi relier le réel et le virtuel par le biais d’une écriture chorégraphique qui se joue dans un corps à corps entre danseur·euses et “voyant·es”, et qui se donne à voir aux autres spectateur·ices. Tous partageant un même espace de plateau (scénographie immersive et sans scène) et une même orchestration musicale (DJ live). Les cinq danseur·euses captent, amplifient, transforment les mouvements des spectateur·ices en VR, inventant un langage chorégraphique dont la VR est le moteur sans jamais s’y réduire.
Le format participatif propose un « faire ensemble » où la diversité des corps, âges, personnalités se rencontrent et se libèrent. En faisant de chaque participant·e un·e danseur-créateur·ice, le projet construit un espace de rassemblement sensible, détournant la technologie pour créer des ponts physiques plutôt que des murs numériques.
Ainsi, nous rêvons UBIQUITY comme une partition chorégraphique dans laquelle la performance collective devient un détournement. Nous faisons le pari que la puissance de la danse et de la fête saura rassembler et montrer qu’une réalité fragmentée par le numérique peut se transformer en une vibration collective.